Pointillisme

Dans le cadre de l’expo Femmes de chez nous [Trois-Ponts, mars 2015]
Photographie: Laurie Vanderveck
Poésie écrite sur base de toiles de Signac et Seurat.



Peindre ton visage à la lumière de mes yeux sur l’Ile de la Grande Jatte, un dimanche après-midi.
Oublieux des courbes de ton corps, jeter sans hâte la couleur et traduire le Chahut des herbes folles
Indifférentes à l’apprêt de ton regard, cherchant dans le noir vaporeux de ton foulard le Calme du soir.
N‘ondule la plume sur un Paysage d’Ile-de-France et le pinceau picore les fleurs qui viennent d’éclore.
Te souviens-tu du bruissement du vent entre les filandres d’or et d’argent tissées à l’ombre du Sous-bois ?
Il est là, barricadé dans les méandres de ta pensée, Combattant le décor encombrant des rêves insoumis.
La lumière tamisée de la lucarne lui rappelle la Parade des grues à l’Aurore. Du vent, t’en souviens-tu ?
La nature l’habille des teintes et des contours de tes souvenirs, loin du bitume glacé de la Banlieue.
Imagine-toi, encore insouciante mais usée, en Femme se poudrant, un Nuage rose sur ta peau flétrie.
Sais-tu la couleur, l’infini des pigments qui s’agencent pour effacer l’âge avant le Coucher de soleil?
Mélange optique, Autant d’harmonie pour tromper l’œil, et la peau, avide d’huile et d’onguents, ment.
Et sais-tu les coups de pinceau qui ponctuent tes taches de rousseur au pied des deux Phares d’Antibes?

Chrysalide

Dans le cadre de l’expo Femmes de chez nous [Trois-Ponts, mars 2015]
Photographie: Laurie Vanderveck

Mon regard, bercé par les sinuosités
De son corps prisonnier, se défend d’effleurer
La chrysalide d’un battement de cil.
Grisés par le charme de la métamorphose,
De l’interdit oublieux, mes sens s’émoustillent !
Deux doigts audacieux écartent le fil d’or tissé…
A ses pieds, sa tenue effeuillée, elle dépose.
Papillonnent mes yeux, la nymphe se déshabille,
Virevolte, libérée du tissu froissé.
L‘aurore brise sa fragile intimité.
Pour mieux papillonner, l’imago apeuré,
De la ceinture de soie, coupe le fil.

Décrocher la lune

Poésie écrite après la lecture de Loin des mosquées d’Armel Job.

Ce soir, danse la lune
Sous une pluie d’étoiles,
Corps acheté à prix d’or
Enrubanné dans un voile.
Lune de miel, goût métal
De sa flèche contre son corps
Qu’elle transperce sans remord.
Premier drame conjugal!
Ce soir, tremble la lune
Sous la mitraille de l’homme.
Entre deux tirs, elle slalome :
Il s’ébat, elle se débat !
Au clair de lune, un lilas
Blanc aux pétales écorchés
Git sur le drap maculé
Dans son plus simple apparat.
Ce soir, chante la lune
Dans son voile tourbillonnant
Et l’amour vole en éclats,
Douce bruine de gravas.

Violon dingue

Dans le cadre de l’expo Femmes de chez nous [Trois-Ponts, mars 2015]
Photographie: Laurie Vanderveck


Les doigts de l’architecte s’appliquent à balayer les feuilles mortes
qui dorment sur sa partition, troublant l’ordre fragile de la nature léthargique.
Les folioles valsent entre les colonnes d’érable qu’il érige dans un bruissement
de cordes et se dérobe du violon dingue une note de musique.
La fugitive virevolte au détour d’un chemin de Bohème, le luthier l’attrape
et la ligote. L’âme en peine, le Mi pleure derrière la table d’harmonie.
Dans le lacis des colonnes du temple d’automne, résonne le pincement
au cœur de la note sacrifiée pleurant sa liberté sur l’autel de la cacophonie.
Encore un tremolo, l’archet ricoche sur la corde, le violon dingue déglingue.
De la caisse, les notes s’envolent, batifolent, éclatent dans l’air atone.

Regard

Dans le cadre de l’expo Femmes de chez nous [Trois-Ponts, mars 2015]
Photographie: Laurie Vanderveck

Elle vit sa vie à contretemps
Sur un poster en noir et blanc.
Prisonnier du gris, son visage
Regarde le plat paysage
Sous un maquillage en demi-teinte.
Corps à cœur,
Illusion d’être
Et ne pas être
Seul en cage.
Le tissu la garde en otage :
Ne font qu’un peau et ornements.
Mais le corps se complaît en cage,
Accroché au cintre éclatant,
Ne voit le grillage de l’étreinte.

Regard

Dans le cadre de l’expo Femmes de chez nous [Trois-Ponts, mars 2015]
Photographie: Laurie Vanderveck

Regard d’asphalte bleu métal,
Règle d’or paradoxale :
Je te dévore, il m’avale.
Pas d’pavé pas droit
Dans l’ombre de tes pas.
Pas d’tracé d’patte-d’oie
N’encombre de traits las
L’éclat de ton regard.
Pas d’pavé qui ne s’confonde
Dans la grisaille de ton boulevard.
Pas d’tracé qui vagabonde,
De rail qui ne s’accroche à ton regard
D’asphalte bleu métal.
Regard d’boulevard éteint,
Bleu marine grisé
Aux soirées citadines.

Cap’taine ours

Poésie écrite suite à la campagne de Greenpeace contre le partenariat entre Lego et Shell


Banquise n’est plus quiseban,
Bancale sur ses assises.
Dix ans qu’y gravite l’ours blanc,
Maboul dans l’boucan d’l'or noir.
Au poisson contraceptif,
Il pédale.
Nombre de boissons toxiques,
Il avale.
Pêche à la marelle sur glace
D’un chimiconomique cocktail,
Cap’taine ours fait des ricochets
Avec la poiscaille toxique.

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Un café en attente

[Nouvelle poétique]

« Tristan est son prénom. Il n’en avait plus. Certains achètent un manteau, lui, il n’avait pas de sous. Il a choisi un mot qui serait à la fois contenant et contenu, des lettres capables d’habiller sa pensée. »

UN CAFÉ EN ATTENTE_S FAFCHAMPS

Dans le couloir d’hier

Souvenir du cimetière du Père-Lachaise [Décembre 2013]

Dans le couloir d’hier
De poussière recouvert,
Primevères croquées
Et immortelles de Madère fanées
Ne seront passagères
Du glacial hiver.

Mon visage solitaire
Collé à la vitre du RER
Remue le souvenir amer
De la nuit dernière.

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La sucette à l’orange [roman]

En librairie dès le 27/02/2014.

Les yeux fixés sur les roues de la charrette qui s’éloigne toujours davantage, elle sent ses pieds nus sur les cailloux lui brûler la peau. Elle mord la lèvre, histoire d’avoir mal ailleurs. La charrette ralentit un peu et bifurque à droite. Le visage rougi par l’effort, elle entend le bruit de ses propres pas qui s’étouffe et pose les poings sur ses cuisses. Les pieds ancrés au sol, elle ferme les yeux sur la route vide de charrettes et son souffle retrouve une certaine régularité. Emma serre les deux bâtonnets en bois dans sa main. Un pour lui, un pour elle. Elle préfère celui à l’orange.

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