Violon dingue

Dans le cadre de l’expo Femmes de chez nous [Trois-Ponts, mars 2015]
Photographie: Laurie Vanderveck


Les doigts de l’architecte s’appliquent à balayer les feuilles mortes
qui dorment sur sa partition, troublant l’ordre fragile de la nature léthargique.
Les folioles valsent entre les colonnes d’érable qu’il érige dans un bruissement
de cordes et se dérobe du violon dingue une note de musique.
La fugitive virevolte au détour d’un chemin de Bohème, le luthier l’attrape
et la ligote. L’âme en peine, le Mi pleure derrière la table d’harmonie.
Dans le lacis des colonnes du temple d’automne, résonne le pincement
au cœur de la note sacrifiée pleurant sa liberté sur l’autel de la cacophonie.
Encore un tremolo, l’archet ricoche sur la corde, le violon dingue déglingue.
De la caisse, les notes s’envolent, batifolent, éclatent dans l’air atone.